octobre 26th, 2009
[FR] Clearstream sur Twitter : Plus loin que le journalisme
J’ai suivi le procès surnommé (à tort) « Clearstream » sur Twitter. Nous avons entendus quelques commentateurs, au début de l’audience, signaler que des « twitters » s’étaient infiltrés parmi les journalistes. Et, de fait, j’en ai suivi deux : Amaury Guibert (@amaury_guibert) et Olivier Toscer (@obs_clearstream).
C’est à ma connaissance la première fois en France qu’un événement se tenant sur une durée assez longue (plusieurs semaines) et ayant un retentissement médiatique important a été « twitté » par deux journalistes professionnels. C’est une intéressante première, que nous analysons ici.
Peut-on twitter un procès ?
Évacuons rapidement l’argument légaliste. Peut-on twitter un procès ? La réponse, bien sûr, est oui. Maître Eolas, éminent blogueur, avocat à ses heures et accessoirement twitteur (@maitre_Eolas) justifie cette affirmation par le simple fait de rappeler que ce qui n’est pas interdit est par défaut autorisé.
Le Ministère de la JusticePar ailleurs, le twit en tant que tel n’est qu’une transcription du procès, fruit d’une interprétation de la part de son auteur (la question « que twitter ? » étant la première des interprétations que le twitteur fait du procès). Ce n’est pas une retranscription fidèle comme le serait un enregistrement sonore ou vidéo (interdit, lui), mais une interprétation subjective de l’audience. Comme un croquis de séance.
Mieux encore, le fait de twitter un procès s’apparente finalement à de la prise de note journalistique, qui, elle n’est pas interdite et est pratiquée sans trop d’encombre depuis des siècles. La seule distinction est l’immédiateté du procédé. Qui n’a finalement choqué personne. Pas même l’un des plus médiatisés prévenus, Dominique de Villepin, lui-même twitteur (@Villepin).
Qu’est-ce qui a été twitté ?
Répondre à cette question, c’est commencer d’emblée à analyser le travail de journaliste d’Amaury Guibert et Olivier Toscer. Pour les deux journalistes, les informations twittées sont de différents ordres :
- Reproduction (très partielle) des discours des protagonistes ; cette reproduction n’était pas facile (140 caractères, après tout !) et la comparaison de nos deux twitteurs nous indique qu’elle n’était pas nécessairement fidèle au mot près ;
- Commentaires sur les présences / absences en séance ; j’ai trouvé particulièrement savoureux les commentaires d’Olivier Toscer sur les allées et venues de Jean-Pierre Elkabbach ! Pas facile de trouver ce genre de détails dans un commentaire laconique d’une édition papier, radiophonique ou télévisée d’un journal ;
- Commentaires sur l’ambiance : les bancs des journalistes, les regards échangés, l’un des juges qui se fait les ongles pendant une plaidoirie, tel avocat qui s’endort… le commentaire anodin et souvent savoureux. Grande différence de restitution évidemment entre les deux journalistes. Mais, bizarrement, même sentiment d’ambiance générale ;
- Apartés subjectifs (et assumés comme tels), notamment analyses lors des réquisitions ou des plaidoiries. Commentaires sarcastiques, également (Gergorin et Lahoud en ont eu pour leur compte !).
En somme, le sentiment d’avoir lu le bloc-notes « brut de fonderie » des deux journalistes. En ce sens, ces twits ont apporté un éclairage spontané et particulier que n’aurait pas forcément pu apporter (retenue et organisation du contenu aidant) des articles papier.
Qu’en retenir ?
Ce qu’il faut déjà retenir, c’est le succès de l’opération : plus de 1000 « suiveurs » pour chacun des journalistes.
Quelques limites, également : l’obligation de suivre le procès au plus près, la difficulté à relire les twits « à froid ».
Enfin, l’éclairage nouveau qu’apporte ce média, twitter, aux usages traditionnels du journalisme.Twitter n’est pas un concurrent du journalisme, c’est un élément en plus, qu’Olivier Toscer et Amaury Guibert ont parfaitement su utiliser l’espace de ces quelques semaines de procès.
Merci à eux, donc !
