octobre 26th, 2009
[FR] L’Iran, Twitter et la Révolution : ça fait trois.
Twitter a-t-il joué un rôle dans les mouvements de juin dernier en Iran ? Il semblerait que non, ou tout du moins que son rôle ait été grandement exagéré. C’est du moins ce qui transparait des commentaires d’un journaliste iranien, lui-même emprisonné lors de ces manifestations.
[Cet article est issu d'un post sur le site du Dart Center For Journalism & Trauma]
Les manifestations qui ont éclaté en Iran en Juin 2009 suite à la ré-élection contestée de Mahmoud Ahmadinejad ont été l’occasion, pour les médias traditionnels, de mettre en lumière le rôle de Twitter dans ces événements. Les occidentaux ont ainsi pu assister, dans leur fauteuil, à leur manière, à ces événements, voire même y participer indirectement, par exemple en affichant courageusement un avatar vert à la place de leur traditionnelle photo de profil.
Du côté des occidentaux, toujours, Twitter a été vu comme un outil indispensable pour recueillir une information que plus aucun journaliste sur place ne parvenait à capter. Un ilot de liberté dans un océan de désinformation. C’est ainsi que le journaliste iranien Iason Athanasiadis décrit le rôle des réseaux sociaux dans ce mécanisme :
Twitter était le joker des médias occidentaux. Les utilisateurs iraniens de Twitter, de YouTube, de Facebook et les blogueurs devirent un moyen de faire du journalisme sans journalistes. Avec tous les problèmes de vérification de la source d’information que cela implique.
Étrange paradoxe : Twitter, permettant de « libérer » les iraniens de leurs contraintes, « libère » aussi les journalistes de leur obligation de vérification de leurs sources ! Un travers que Libération avait d’ailleurs pointé à l’époque dans un article évoquant cette nouvelle façon de communiquer :
Autant d’outils qui sont devenus des sources d’informations privilégiées pour les journalistes, confrontés au manque de témoignages directs sur place. L’exercice a cependant une limite: la nécessaire vérification des informations, qui émanent souvent de sources militantes.
Un problème qu’Athanasiadis souligne également :
Je n’ai jamais cité dans mes articles quelqu’un que je n’avais pas réellement rencontré. On ne peut pas en dire autant pour la majorité des médias occidentaux. Confrontés à l’alternative de ne pas informer leur auditoire, ces médias ont souvent pris le parti de diffuser directement des messages et des vidéos avant même d’en vérifier la provenance. Une de ces vidéos, celle de Neda Agha Soltan mourante, est même devenue le symbole le plus puissant et le plus reconnaissable des manifestations.
La vidéo s’est avérée authentique, mais a été authentifiée après coup. Et le nombre d’utilisateurs de twitter qui se sont déclarés habitants de Téhéran a compliqué d’autant plus les opérations d’authentification ! Là encore, le paradoxe d’une communauté d’utilisateur qui ne sert pas la cause qu’elle prétend aider : la transparence de la communication. Le journaliste iranien ajoute :
Les médias sociaux cristallisent la panique et l’angoisse. Ils ont été aussi un moyen de diffuser la désinformation.
En l’absence d’autres sources d’information, la prolifération de messages sous Twitter a été malgré tout un moyen de conforter les manifestants dans leur conviction et leur force de mobilisation. Une façon, aussi, des les aveugler : le profil même des « twitteurs » iranien était justement celui d’une génération encline à plus de libertés. Une population essentiellement jeune et urbaine. Le reflet de cette population dans Twitter a été finalement source de confusion pour elle-même.
En somme, Twitter a cristallisé le mécontentement de cette population. Ajouté à la confusion rendant difficile l’authentification des sources ou l’expression de points de vue opposés (favorables à Ahmadinedjad), cela a contribué à diffuser une vision partiale des événements dans l’occident. L’impact sur la société Iranienne lui-même a sans doute été négligeable — l’Iran a un passé révolutionnaire anté-twitter suffisamment chargé pour s’en convaincre.
Il convient enfin surtout de souligner que cette surestimation du rôle joué par Twitter a finalement été causée principalement par… l’obstination du régime à censurer ces propos. Twitter a été la soupape de cette frange de population qui aspirait à une certaine liberté d’expression.
