Remarqué sur le blog d’Emilie Ogez : « Sur Internet, on ne travaille pas » : une déclaration signée Christophe Barbier, commentateur politique sur LCI (attention, insupportable publicité avant le clip).
Dans son commentaire politique du 6 avril, Christophe Barbier revient sur la polémique au sujet des rumeurs concernant le couple présidentiel. Et, dans une justification des erreurs de Pierre Charon, le conseiller en communication de l’Élysée, il indique qu’en substance Internet est un vaste fourre-tout sans vérification possible des sources, ni réel et sérieux travail éditorial.
Transcription du passage intéressant de sa chronique :
Les virus de rumeur peuvent passer du net au grand média.[...]
L’internet c’est un média au sens technologique, au sens outil du terme, c’est pas un organe de presse. Accuser les médias à cause du buzz, c’est commettre une erreur. Mais c’est vrai que les médias ont souvent le tort de reprendre internet sans faire leur travail journalistique, c’est à dire vérifier, recouper, demander des compléments d’information, demander des réactions.
Il y a une vraie différence entre internet et le média, ça s’appelle le travail, tout simplement. Sur internet, on ne travaille pas, quand on est sur un vrai média, on travaille.
Je voudrais juste signaler quelques points importants.
D’une part, internet n’est pas un média mais plutôt des médias. La pluralité des sources, des opinions, des commentaires, des sites, des personnalités, des pays, des cultures est telle qu’il est difficile et assez honteux de voir internet comme un grand sac fourre-tout. Internet, ce n’est pas que les rumeurs dégradantes, la pédophilie en ligne, les jeux d’argent sans surveillance et le tout-à-l’égoût de la démocratie. C’est aussi ça, ça, ça et même ça !! Peut-on décemment faire un amalgame entre tout cela ? Pas sûr. La presse papier, ce n’est pas que Minute et Public.
Ensuite, c’est un fait, la presse se fait écho de la presse, qu’elle soit écrite, télévisuelle ou, maintenant, numérique. Ce matin, France Inter se faisait l’écho de plusieurs articles de Rue89, un « pure player », pour lequel je pense que ses journalistes produisent un réel travail.
Enfin, ce n’est pas Internet qui a été à l’origine de la rumeur, c’est un site Internet particulier (hébergé sous la bannière du Nouvel Obs), alimenté par un individu, qui a été tracé et démissionné. Où est donc, au passage, l’anonymat que l’on brocarde tant sur Internet, où il est si facile de se faire passer pour Zorro ?
Allons, pas de mauvaise foi, Christophe Barbier ne faisait pas allusion à tout internet mais à une partie seulement de la production d’information, à cette partie qui le dérange. Qui, il est vrai, se devrait d’être recoupée, vérifiée, complétée par des journalistes. C’est d’ailleurs exactement ce que je me dis en me plongeant la tête dans les mains lorsque je vois un micro-trottoir dans un journal télévisé sur un sujet quelconque : une opinion, prise au hasard, sans cohérence, sans fond, sans intérêt. Et pourtant, les journaux télévisés en sont plein.
Mais ne faites-vous pas là, Monsieur Barbier, preuve d’un manque de sérieux en entretenant l’amalgame Internet = mauvais média, alors même que d’excellents journalistes, blogueurs, commentateurs, anonymes et pure-players y font un excellent travail ?
